La valse lente des tortues, Katherine Pancol
" Et qu'est-ce qu'on fait quand l'amour creuse un trou dans le coeur, un trou tellement gros qu'on dirait un trou d'obus, tellement énorme qu'on pourrait voir le ciel à travers ? Qui pourra me dire ce qu'il ressent pour moi ? Je n'ose pas lui dire Je vous aime, j'ai peur que ce soit un trop grand mot. Je sais bien que dans mes Je vous aime, il y a un M'aimez-vous ?, que je n'ose pas prononcer de peur qu'il ne s'éloigne les mains dans les poches de son duffle-coat. Une femme amoureuse est-elle forcément une femme inquiète, douloureuse ? Le malheur c'est que je ne sais pas être légère en amour. Je voudrais me jeter au cou de celui que j'aime, mais j'ai si peur de l'effrayer que je tends un visage humble pour recevoir son baiser. Je l'aime à la dérobée. Quand il lève les yeux sur moi, quand il attrape mon regard, je me mets à l'unisson de son humeur. Je deviens l'amoureuse qu'il veut que je sois. Je m'enflamme à distance, me contrôle dès qu'il s'approche. Vous ne savez pas ça, vous me croyez souris apeurée, mais si vous pouviez poser la main sur l'amour qui bout en moi vous seriez brûlé au troisième degré. Je me plais à ce rôle: vous faire sourire, vous apaiser, vous enchanter, je me travestis en douce et patiente infirmière et prends les miettes que vous voulez bien me donner pour les transformer en tartines épaisses. "